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Deuxième roman de Christopher PRIEST, Le rat blanc est une anticipation du devenir de la société britannique au regard de l'opinion qui prédominait au début des années 1970 vis-à-vis de l'immigration massive en provenance d'Asie et d'Afrique ; comme aujourd'hui dans d'autres pays, les migrants étaient très mal accueillis et la préoccupation première des anglais était de les renvoyer chez eux au plus vite...

PRIEST imagine qu'une guerre nucléaire ravage l'Afrique et que, la famine aidant, des millions « d'Afrims » tentent de trouver refuge en Europe, et notamment en Angleterre. C'est à tel point que la société britannique est déséquilibrée et très vite en crise ; un gouvernement d'extrême droite est élu et, bientôt, nationalistes et loyalistes s'affrontent dans la rue, avec comme arbitres les milices afrims qui n'ont d'autre choix que de s'imposer par la force.

Sous la plume de Christopher PRIEST ce chaos généralisé est incarné par Alan Whitman, un homme tout ce qu'il y a de moyen, voire médioce. Il nous raconte sa vie, de sa jeunesse à sa quête dans une Angleterre ravagée par la guerre civile. Comme souvent chez l'auteur, le récit n'est pas linéaire ; ici ce sont pas moins de trois époques que PRIEST fait raconter à Whitman ; ce sont grosso modo sa jeunesse, la rencontre avec sa femme, qui correspond au début de la crise, et la recherche de sa femme et de sa fille dans un chaos absolu, laquelle représente la quête évoquée plus haut. Bien entendu les trois récits convergent l'un vers l'autre jusqu'à un final pour le moins tragique.

Car le propos de PRIEST est d'un pessimisme absolu. Il fait payer à la société britannique toutes ses fautes plus (la colonisation) ou moins (l'extrêmisme) anciennes au prix le plus fort, à savoir la dégénérescence lente jusqu'à la disparition pure et simple. En cela, Alan Whitman est un symbole particulièrement percutant.

Oeuvre de jeunesse, Le rat blanc est donc déjà une oeuvre forte. On y décèle les grandes qualités qui caractériseront bientôt l'oeuvre de l'auteur en dépit de quelques maladresses de forme et de ton ici et là. D'ailleurs Christopher PRIEST a récemment réécrit ce roman, ce qui devrait donner lieu à une nouvelle traduction française dans les mois à venir. La seule traduction initiale du titre témoigne que l'exercice est nécessaire.

CITRIQ

Le rat blanc - Christopher PRIEST (Fugue for a Darkening Island, 1972), traduction de Nathalie GOUYE, Presses de la Cité collection Futrurama n°2, 1976, 192 pages

Le rat blanc - Christopher PRIEST (Fugue for a Darkening Island, 1972), traduction de Nathalie GOUYE, Presses de la Cité collection Futrurama n°2, 1976, 192 pages

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