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Le temps d'un petit recueil de cinq nouvelles, Jean-Philippe JAWORSKI nous replonge dans l'univers qui l'a fait connaître et lui a apporté le succès mérité que l'on sait. S'il est besoin, rappelons que ce dernier repose sur un style riche, une écriture ciselée et un sens de l'intrigue à nulle autre pareille. Il plonge ses personnages charismatiques dans un univers inspiré historiquement parlant, le Vieux Royaume rappelant à bien des égards la Renaissance italienne.

C'est tout particulièrement le cas du premier texte qui donne son titre au recueil. Le sentiment du fer met en effet en scène un assassin de la Guilde des Chuchoteurs recruté pour dérober un manuscrit précieux au Podestat de Ciudalia ; tout serait simple pour l'intéressé si cette mission ne cachait pas une volonté de bien plus grande ampleur. Les connaisseurs feront rapidement le parallèle avec les aventures de Benvenuto Gesufal mises en scène dans la nouvelle Mauvaise donne et dans le roman Gagner la guerre. Les autres auront un avant goût de ce qui fait le charme des histoires de JAWORSKI, en même temps qu'un aperçu de la situation politique complexe du Vieux Royaume.

Mais on le sait aussi, Jean-Philippe JAWORSKI ne cesse de se renouveler et le prouve avec la deuxième nouvelle du recueil, L'elfe et les égorgeurs. Hommage à William SHAKESPEARE, ce texte court a des accents théâtraux et prend la forme d'une comédie dans laquelle un elfe à la verve inépuisable roule dans la farine une bande de coupe-jarrets quelque peu crétins. C'est particulièrement fin et amusant.

Amusant aussi est le texte suivant, du moins au démarrage. Profanation prend des allures de farce quand le chiffonnier jugé par le culte du Desséché pour avoir dépouillé les cadavres d'un champ de bataille devient une vitrine pour sa mauvaise foi chronique. Son final laisse toutefois la place à la tragédie ironique, le jugement étant à l'image des accusateurs : glacial ! Ce texte court est tout simplement brillant.

Nouvelle référence littéraire, cette fois-ci au maître de la fantasy, J. R. R. TOLKIEN, Désolation est la nouvelle la plus longue du recueil et se veut quasiment une réécriture d'un épisode fameux du Seigneur des anneaux, la traversée des mines de la Moria. Sous la plume de JAWORSKI, une troupe de nains, accompagnée de leurs lètes, les gnomes chargés de porter les charges des guerriers, traverse un vaste territoire souterrain et désolé pour porter secours à des frères assiégés par les gobelins. La difficulté est accrue par la légende, celle d'un dragon qui sommeille dans les mines et qu'il s'agit de ne pas réveiller. L'exercice de l'auteur est à ce niveau d'autant plus brillant qu'il revisite la figure du dragon et remet en cause la mythologie créée par l'illustre écrivain britannique.

Et le recueil de s'achever sur La troisième hypostase, nouvelle épique et pleine de magie rendant compte d'un combat entre une alliée des elfes et un représentant du Desséché. Ici JAWORSKI se fait presque poète, donnant un ton nostalgique et tragique à la retraite des elfes vers leur demeure ancestrale. Cela pourrait être un nouvel hommage à TOLKIEN si l'auteur n'exploitait pleinement son univers original et personnel, ajoutant une nouvelle pierre à la cosmogonie de son univers décidément très riche et plaisant.

On l'aura compris, le présent recueil est de haut niveau et le lecteur aura bien du mal à lui trouver un quelconque défaut. En cherchant bien il pourra peut-être exprimer son mécontentement d'un point de vue éditorial puisque l'objet livre aurait mérité un travail un peu plus soigné que cette édition de poche certes économique mais dénuée de toutes fioritures. Surtout on referme le recueil avec un goût de trop peu, les quelques 200 pages étant épuisées bien rapidement.

CITRIQ

Le sentiment du fer - Jean-Philippe JAWORSKI (2015), illustration de John GILBERT, Les Moutons Électriques collection Hélios, 2015, 208 pages

Le sentiment du fer - Jean-Philippe JAWORSKI (2015), illustration de John GILBERT, Les Moutons Électriques collection Hélios, 2015, 208 pages

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