Dans la Rus' septentrionale, au plus froid de l'hiver, une famille aime par-dessus tout se réunir autour du poêle pour écouter les contes de Dounia, la vieille servante, notamment celui de Gel, le démon roi de l'hiver. Pour Vassia, la cadette, ces histoires sont bien plus que cela puisqu'elle est la seule à voir les esprits protecteurs de la maison et à entendre l'appel des forces nichées au cœur de la forêt. Dans une époque et en un lieu où la christianisation confine à l’extrémisme, c'est un don bien dangereux...
L’Ours et le Rossignol est le premier roman d'une jeune auteure américaine cosmopolite. En s'inspirant de contes et de légendes russes, Katherine ARDEN en retient le ton, la poésie et la cruauté dans le cadre d'une très belle histoire comme on en écrit hélas plus si souvent. Accessoirement elle développe son intrigue sur une toile de fond historique probablement méconnue de la plupart des lecteurs, celle de la Russie du XIVème siècle, sous le règne d'Ivan II Ivanovitch, dit le Débonnaire. En fait elle confronte deux mondes, celui du christianisme émergent et celui du paganisme déclinant, comme cela a souvent été fait dans le cadre de la légende arthurienne.
En revanche le héros est ici une femme, et même une jeune fille. En ayant un pied dans chacun des deux mondes, Vassia a la possibilité d'affirmer son caractère bien trempé. C'est donc tout naturellement que Katherine ARDEN développe son intrigue autour d'elle, lui faisant affronter tant la rudesse du monde des hommes, au sens sexué du terme, que la malignité du monde de la cosmogonie slave, quand il n'est pas respecté.
Au final L'Ours et le Rossignol est un très beau premier roman dès lors que le lecteur est capable de retrouver son âme d'enfant dans la méthode narrative de Katherine ARDEN. A cette condition il passera quelques heures de lecture rafraîchissantes, et n'aura plus qu'à espérer la suite de ce qui est d'ores et déjà le premier tome d'une trilogie.
