Comme l'ont fait en leurs temps Robert SHECKLEY (Le Prix du danger), Stephen KING (Marche ou crève, Running man) ou plus récemment Robert Jackson BENNETT (Vigilance), Nana Kwame ADJEI-BRENYAH s'intéresse à la violence érigée en spectacle dans nos sociétés contemporaines.
Dans un futur inconnu mais si proche que l'auteur fait de nombreuses références à des histoires et des statistiques bien réelles et récentes, il imagine un univers carcéral dirigé par des sociétés privées qui ont mis en place un véritable spectacle autour des peines de prisons, et aux différentes façons de les purger. Ainsi ont-elles créées une téléréalité nommée « Divertissement pénal d’action criminelle » (DPAC), dans laquelle les condamnés qui acceptent de rentrer dans le programme sont mis en scène dans de véritables combats de gladiateurs, obligatoirement mortels et filmés pour des millions d'aficionados. Un combattant qui survit trois ans est automatiquement libéré, ce qui n'est jamais arrivé en plus de trente saisons.
Loretta Thurwar est pourtant proche du Graal, talonnée de près par sa coéquipière et compagne, Hamara Stacker. Superstars du circuit, elles enchaînent toutes les deux les victoires et Loretta n'est bientôt plus qu'à une victoire du but ultime. Ce qu'elle n'avait toutefois pas prévu ce sont les changements de règles intempestifs décidés par des producteurs vicieux et près à tout pour accroître leurs profits...
Dystopie brutale et sans concession, Le Dernier combat de Loretta Thurwar interroge la manière dont les sociétés modernes consomment la violence. ADJEI-BRENYAH pointe également du doigt le système judiciaire américain, profondément inéquitable envers les minorités raciales et pour les femmes. En contrepoint, il met en scène une héroïne qui allie force individuelle et loyauté envers sa communauté, montrant ainsi comment l'Humanité peut se transcender, même dans un environnement qui a tout de l'Enfer.
Comme on avait pu l'apprécier avec son premier recueil de nouvelles, le style de Nana Kwame ADJEI-BRENYAH est direct et percutant, enchaînant avec talent scènes d'action et introspections. Il parvient aussi à nous faire vivre de l'intérieur toutes les composantes de cette tragédie humaine, des producteurs du DPAC au public complice de l'oppression alors que Loretta Thurwar illustre le combat pour la liberté, et peut-être surtout pour la dignité.
Pour toutes ses raisons Le Dernier combat de Loretta Thurwar est un roman dur, parfois froid dans ses descriptions cliniques. Pour autant il y a aussi une indéniable beauté dans son héroïne. Et il y a surtout matière à réflexion sur les sociétés que nous sommes en train de bâtir peu à peu, mais inexorablement.
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