Avec Les Morts ne chantent pas, Jussi ADLER-OLSEN revient contre toute attente au Département V en s'associant avec deux auteures danoises — journalistes par ailleurs — Line HOLM et Stine BOLTHER. Comme il est précisé dans les remerciements en fin de volume, il s'agit de faire prendre une nouvelle direction au Département V.
Précisons-le d'emblée : Carl Mørck est désormais à la retraite et, même si c'est lui qui apporte à son ancienne équipe le cold case qui alimentera l'intrigue de ce nouveau roman, il restera à l'arrière-plan tout du long. Restent donc Rose et Assad, auxquels vient s'ajouter une nouvelle recrue de la police de Copenhague : Helena Henry, une mystérieuse inspectrice française.
Pour le reste, le roman s’inscrit dans la plus pure tradition des débuts de la série — et même de nombreux polars nordiques : un récit où les drames du présent trouvent leur origine dans des événements que tout le monde aurait préféré oublier depuis des décennies.
L’histoire débute par une mort survenue quatre ans auparavant, un peu rapidement expliquée par un suicide. Sous l’impulsion de Carl Mørck, le Département V s'intéresse au passé de la victime, jusqu'à ce que l'enquête se penche sur un groupe de jeunes enfants dans une école de chant à la fin des années 1980.
Le problème est que, trente-cinq ans plus tard, ces enfants — pour la plupart issus de milieux privilégiés — sont aujourd'hui solidement installés dans la société. Or les investigations de Rose, Assad et Helena révèlent peu à peu qu'à l'époque, derrière l'image d'une enfance dorée, l’influence sociale et la pression du groupe pouvaient devenir étouffantes.
C'est ainsi que le roman met en lumière les dynamiques toxiques qui peuvent se créer au sein d’un groupe soudé par les privilèges et le silence. Entre les humiliations, les rivalités et les loyautés intéressées, le mensonge collectif s'insinue facilement, et peu importent les conséquences pour ceux qui ne font pas partie du cercle.
Toute la tension du récit repose sur cette exploration progressive des non-dits. Les témoins parlent peu, les souvenirs sont fragmentaires, et chacun semble avoir intérêt à ce que certaines vérités ne refassent jamais surface. Pourtant, l’enquête menée par le Département V fissure peu à peu cette façade respectable.
Inutile donc de se voiler la face : Les Morts ne chantent pas ne révolutionne ni le genre, ni la série originelle de Jussi ADLER-OLSEN. Même l'écriture à six mains reste très proche de celle de l'auteur danois en solo. Pour autant, la narration est efficace, les chapitres courts sont rythmés et la tension s'installe bel et bien. En d’autres termes, il s’agit d’un divertissement pleinement réussi — et d’un nouveau départ assumé pour le Département V.
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