Il est impossible de parler du Silence de la Cité sans rappeler Chroniques du Pays des Mères. Sans en constituer pour autant une préquelle au sens strict, le premier pose les bases du monde qui trouvera son aboutissement dans le second ; Le Silence de la Cité explore ainsi les prémices de Chroniques du Pays des Mères, tant sur le plan littéraire que social et culturel.
Premier roman d'Elisabeth VONARBURG, récompensé en 1982 d'un Grand Prix de l'Imaginaire, Le Silence de la Cité a été intégralement révisé en 1998, certainement en réponse au succès de Chroniques du Pays des Mères, et pour assoir définitivement la cohérence du diptyque. Quoi qu'il en soit il faut considérer ici que l'on parle de la version définitive du roman, soit toute édition autre que celle de Denoël (1981).
Dans Le Silence de la Cité, Elisabeth VONARBURG imagine les premiers temps qui suivent la catastrophe qui a profondément bouleversé l’Humanité. Depuis une cité souterraine, une petite communauté de survivants tente de reconstruire une société viable, dans un environnement encore fragile et marqué par la mémoire du monde disparu. Le récit est centré sur la jeune Elisa, dont le regard extérieur permet d’observer progressivement l’émergence de nouvelles structures sociales et de nouvelles valeurs.
L’auteure privilégie une approche lente et progressive. La société ne se dévoile que par fragments, à travers les relations entre les personnages, leurs hésitations, leurs tâtonnements. Cette construction par touches successives confère au roman une forte dimension anthropologique. Le lecteur assiste ici à la naissance d’une civilisation encore incertaine, dont les règles ne sont pas encore fixées, mais dont les évolutions esquissent déjà les transformations plus radicales que l’on retrouvera dans Chroniques du Pays des Mères.
On retrouve également dans Le Silence de la Cité la tonalité contemplative et mélancolique caractéristique de l’œuvre de VONARBURG. L’action y est volontairement limitée, laissant place à la réflexion, à l’observation et à l’exploration des relations humaines. L’auteure s’intéresse moins aux mécanismes de la catastrophe qu’à ses conséquences humaines, sociales et culturelles. L'essentiel est que les rôles traditionnels évoluent, que les relations entre les individus se redéfinissent, et que la reconstruction du monde passe avant tout par une redéfinition de l’humain lui-même.
Le roman évite toute approche idéologique marquée. VONARBURG ne propose pas un modèle, mais explore des possibilités, celles qui émergent lorsque les structures sociales traditionnelles s’effondrent. Cette démarche, profondément humaniste, privilégie la nuance et la complexité, dans une perspective qui n’est pas sans rappeler certaines œuvres de Ursula K. LE GUIN, notamment dans leur volonté d’explorer des sociétés alternatives pour mieux interroger la nôtre.
Si Le Silence de la Cité peut parfois sembler encore plus lent et introspectif que Chroniques du Pays des Mères, il n’en constitue pas moins une pièce essentielle de l’univers imaginé par VONARBURG. Là où le second présente une civilisation déjà structurée, le premier en montre les fondations hésitantes, les expérimentations et les fragilités.
On se trouve ainsi face à un roman discret et imparfait, mais aussi contemplatif et profondément réfléchi. Oeuvre de jeunesse d'Elisabeth VONARBURG, Le Silence de la Cité n'a certainement pas la force évocatrice de Chroniques du Pays des Mères, notamment du fait de leur personnage principal respectif, Elisa n'étant pas aussi inoubliable que Lisbeï. Pour autant le premier éclaire rétrospectivement le second et confirme la cohérence et l’ambition de l’univers développé par l'auteure.
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