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Publiée entre 1987 et 1989, la trilogie Xenogenesis occupe une place centrale dans l’œuvre d’Octavia E. BUTLER et, plus largement, dans l’Histoire de la Science-Fiction contemporaine. Composée des romans L’Aube, L'Initiation et Imago, cette trilogie explore des thèmes aussi vertigineux que la survie de l’Humanité, la peur de l’autre, le consentement, le pouvoir et la transformation.

À travers une rencontre radicale entre l’Humanité et une espèce extraterrestre, BUTLER ne se contente pas de raconter une histoire de premier contact, elle analyse les structures profondes de nos sociétés et interroge ce qui est constitutif de notre humanité.

La trilogie s’ouvre sur un constat sans appel : la Terre a été ravagée par une guerre nucléaire. Une poignée de survivants a été sauvée in extremis par les Oankali, une espèce extraterrestre à l’apparence dérangeante et dotée de capacités biologiques extraordinaires. Véritables « marchands de gènes », les Oankali voyagent de planète en planète, établissent des liens reproductifs avec les espèces qu’ils rencontrent, jusqu'à les transformer génétiquement.

Lilith, première protagoniste de la trilogie, se réveille sur un vaisseau oankali après des siècles de sommeil forcé. Choisie pour préparer le retour des humains sur une Terre en reconstruction, elle devient malgré elle une médiatrice entre les deux espèces que tout semble opposer.

Dès ce premier tome, BUTLER installe son postulat : l’Humanité ne pourra survivre qu’au prix d’une altération profonde de sa nature. Et c'est en cela que les Oankali dérangent. Avec leurs corps couverts de tentacules sensitifs capables de percevoir et de manipuler les gènes, leur biologie est fluide, sensorielle, intime... peut-être trop justement. Car si les Oankali ne sont ni conquérants ni sauveurs désintéressés, leur aide est conditionnelle. Pour eux l’Humanité est vouée à l’autodestruction du fait même de sa nature : une intelligence avancée combinée à une hiérarchie sociale violente ; dès lors sa survie passe nécessairement par sa transformation.

Tel est le socle philosophique de toute la trilogie, laquelle élargit les points de vue au fil des tomes. Il en est ainsi d'Akin, fils de Lilith et être hybride, qui s'interroge sur sa double appartenance et sur le camp à choisir dans L'Initiation. Avec le personnage de Jodahs dans Imago, BUTLER va encore plus loin en tentant de définir les identités, les genres et les formes corporelles.  Car désormais l’hybridation est synonyme de transformation radicale, et les dichotomies traditionnelles — humain/alien, masculin/féminin, dominant/dominé —  ont cessé d’avoir un sens clair. 

En creux, tout au long de la trilogie, Octavia E. BUTLER nous parle de consentement. Dès lors que l'Humanité ne peut être sauvée qu'au prix d'une transformation radicale, peut-on encore parler de choix ? La survie justifie-t-elle la perte de l’autonomie corporelle et culturelle ? Une domination « bienveillante » n'en demeure-t-elle pas moins une domination ? Ce sont ces interrogations qui font aussi de Xenogenesis une œuvre politique, parfois lue à travers le prisme du colonialisme et de l’esclavage, bien que l'auteure s'en soit souvent défendue.

Quoi qu'il en soit Xenogenesis est une oeuvre riche. BUTLER refuse les solutions simples et encore moins les fins triomphantes. La survie qu'elle propose est ambiguë et douloureuse, mais apparaît aussi comme une chance de dépasser les schémas destructeurs qui conduisent l’Humanité à sa perte. En cela sa trilogie résonne fortement avec les problématiques contemporaines que sont l'écologie, les biotechnologies, la peur du métissage et, plus largement encore, de la remise en cause des normes identitaires.

Octavia E. BUTLER nous pose finalement une question assez simple : et si le véritable danger n’était pas de changer, mais de refuser toute transformation ? Près de quarante ans après l'avoir posée, elle nous rappelle avec subtilité que la survie n’est pas qu'une question de force et de technologie, mais aussi de capacité à remettre en question ce que nous croyons immuable.

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L'Aube (Dawn, 1987) / L'Initiation (Adulthood Rites, 1988) / Imago (Imago, 1989)  - Octavia E. BUTLER, traduction de Jessica SHAPIRO, illustration de Olivier FONTVIEILLE, Au diable vauvert, 2022 / 2023 / 2024, 432 / 464 / 384 pages
L'Aube (Dawn, 1987) / L'Initiation (Adulthood Rites, 1988) / Imago (Imago, 1989)  - Octavia E. BUTLER, traduction de Jessica SHAPIRO, illustration de Olivier FONTVIEILLE, Au diable vauvert, 2022 / 2023 / 2024, 432 / 464 / 384 pagesL'Aube (Dawn, 1987) / L'Initiation (Adulthood Rites, 1988) / Imago (Imago, 1989)  - Octavia E. BUTLER, traduction de Jessica SHAPIRO, illustration de Olivier FONTVIEILLE, Au diable vauvert, 2022 / 2023 / 2024, 432 / 464 / 384 pages

L'Aube (Dawn, 1987) / L'Initiation (Adulthood Rites, 1988) / Imago (Imago, 1989) - Octavia E. BUTLER, traduction de Jessica SHAPIRO, illustration de Olivier FONTVIEILLE, Au diable vauvert, 2022 / 2023 / 2024, 432 / 464 / 384 pages

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