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Souvent associé à Vol au-dessus d’un nid de coucou en tant que manifeste de la contre-culture américaine, Ken KESEY est moins connu pour ses quelques autres romans, restés longtemps inédits en France. Ce fut le cas de Et quelquefois j'ai comme une grande idée ; c'est également celui de Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent.

Oeuvre tardive (1992 en version originale), foisonnante et indisciplinée, elle fait figure de testament libertaire de la part de KESEY. De plus, en ancrant son récit dans une fable politique et écologique, il lui donne une dimension étonnamment actuelle.

Le roman se déroule dans une petite ville imaginaire de l'Alaska. Kuinak est un ancien bastion de pêcheurs et de marins désormais menacé par la modernité, la spéculation et l’oubli. L’équilibre précaire de cette communauté bascule lorsqu’une équipe de tournage hollywoodienne débarque pour réaliser un film pseudo-humanitaire mettant en scène une légende amérindienne relative à la cosmogonie du monde.

Autour de ce projet cynique gravite une galerie de personnages hauts en couleur, entre marins désabusés, militants improvisés, artistes ratés et marginaux lucides. Peu à peu, la farce médiatique se transforme en tragédie collective, révélant les tensions entre l’authenticité d’une communauté et les forces écrasantes du spectacle, de l’argent et du pouvoir.

Ken KESEY règle ici ses comptes avec Hollywood, les médias et la marchandisation des idéaux. Le film dans le roman devient un symbole : celui d’une Amérique qui préfère les récits simplifiés et émouvants à la complexité du réel. La cosmogonie amérindienne, instrumentalisée pour émouvoir les foules, incarne cette dérive morale où même la souffrance devient un produit.

Mais la satire n’est jamais froide ni moralisatrice. Fidèle à son style, KESEY mêle humour burlesque, dialogues truculents et situations absurdes. Le rire devient une arme de résistance, une manière de dévoiler l’imposture sans perdre foi en l’humain.

On pourra parfois reprocher au roman ses excès (trop de personnages, trop de voix, trop de digressions) engendrant un sentiment de longueur ici et là. Pour autant, ce maelstrom fait sens puisqu'il reflète un monde fragmenté, saturé de discours contradictoires. Et puis n'oublions pas que Ken KESEY n'a jamais cherché l’élégance classique dans sa prose et lui a toujours préféré l’énergie brute, la polyphonie, la vitalité.

Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent est un roman déroutant, hilarant, trop long. En d'autres termes il ne peut pas laisser indifférent et sera d'autant plus apprécié que le lecteur sera prêt à s'abandonner au désordre le plus total. C'est justement ce que de son vivant KESEY appellait de ses vœux face à une société obsédée par le contrôle.

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Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent - Ken KESEY (Sailor Song, 1992), traduction de Jean-Charles KHALIFA, illustration de BLEXBOLEX, Monsieur Toussaint Louverture, 2025, 496 pages

Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent - Ken KESEY (Sailor Song, 1992), traduction de Jean-Charles KHALIFA, illustration de BLEXBOLEX, Monsieur Toussaint Louverture, 2025, 496 pages

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