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Du 13 au 15 février 1945, les aviations britannique et américaine bombardent la ville allemande de Dresde, la détruisant quasi entièrement et faisant plusieurs dizaines de milliers de morts. Pourtant la ville n'a aucun intérêt stratégique, et n'abrite même plus de troupes allemandes. Témoin de ce massacre, Kurt VONNEGUT en fait le thème de son oeuvre majeure : Abattoir 5.

Le premier chapitre du roman peut donner à penser que l'on commence alors une autobiographie. L'auteur y écrit à la première personne et y présente ses intentions : écrire un roman sur son expérience à Dresde. Mais dès le deuxième chapitre c'est Billy Pèlerin qui personnifie l'auteur. Et Billy Pèlerin est un personnage singulier puisqu'il a la faculté de "décoller du temps", c'est-à-dire de se projeter aléatoirement en diverses périodes de sa vie, de son vécu de la seconde guerre mondiale à sa vie d'américain moyen, en passant par son enlèvement par les extraterrestres de la planète Tralfamadore, thème récurrent dans l'oeuvre de VONNEGUT.

Kurt VONNEGUT alias Billy Pèlerin est profondément marqué par toutes ces expériences. Par la guerre bien sûr, de par sa nature même, mais aussi parce qu'il est le témoin d'un de ses épisodes les plus tragiques. Par sa vie personnelle également, parce qu'elle est ponctuée d'évènements dramatiques. Par son expérience sur Tralfamadore enfin, parce que ce n'est pas banal, et qu'en y étant enfermé dans une cage de zoo "tout-confort", il y vit sans soucis et sans cauchemars tout en portant un regard extérieur sur la folie des hommes.

L'originalité d'une telle approche est encore accentuée par le style de l'auteur. Son écriture est en effet simple et factuelle, reposant entièrement sur des phrases et des paragraphes courts, donnant un rythme incroyable au récit. Le lecteur a d'ailleurs l'impression que VONNEGUT/Pèlerin se contente de relater des faits, à défaut de comprendre, et donc d'analyser, le sens de la vie et de la guerre. C'est par exemple, dès la troisième phrase, le cas de ce prisonnier fusillé pour avoir pris une théière qui n'appartenait à personne. Le ton employé est celui de l'humour, noir bien entendu, un leitmotiv revenant à chacune des morts plus ou moins violentes qui ponctuent le roman : "c'est la vie".

Tout cela fait de Abattoir 5 une oeuvre profondément originale. Autobiographie, plaidoyer antimilitariste, roman de Science-Fiction, elle est tout cela à la fois. Elle est surtout particulièrement marquante et se pose définitivement comme un chef d'oeuvre de la littérature.

CITRIQ

Abattoir 5 - Kurt VONNEGUT (Slaughterhouse-Five, 1969), traduction de Lucienne LOTRINGER, illustration de Tibor CSERNUS, J'ai Lu collection Science-Fiction n° 470, 1973, 320 pages

Abattoir 5 - Kurt VONNEGUT (Slaughterhouse-Five, 1969), traduction de Lucienne LOTRINGER, illustration de Tibor CSERNUS, J'ai Lu collection Science-Fiction n° 470, 1973, 320 pages

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