Bob LEMAN était un nouvelliste américain presque totalement inconnu en France. Décédé en 2006, il n'avait alors produit dans sa vie que quinze nouvelles publiées pour l'essentiel dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction. En France, onze d'entre-elles avaient été traduites pour la revue Fiction entre 1977 et 1988, mais depuis lors le nom de l'auteur était tombé dans l'oubli à l'exception de quelques initiés qui gardaient en mémoire l'émotion d'une primo-lecture émue.
C'est grâce à eux que les éditions Scylla ont lancé un financement participatif pour constituer un recueil de six des nouvelles, dont deux totalement inédites (2. et 6.). Cela porte désormais le nombre de nouvelles traduites à treize, la traduction des quatre textes qui avaient été préalablement publiées dans Fiction (1., 3., 4. et 5.) ayant été reprise pour le présent recueil par Nathalie SERVAL.
1. La Saison du ver (The Time of the Worm, 1988),
2. La Quête de Clifford M. (The Pilgrimage of Clifford M., 1984),
3. Les Créatures du lac (Feesters in the Lake, 1980),
4. Odila (Olida, 1987),
5. Loob (Loob, 1979),
6. Viens là où mon amour repose et rêve (Come Where My Love Lies Dreaming, 1987).
Ce qui relie ces nouvelles est donc Sturkeyville, une petite bourgade des Appalaches où vivent des gens tout ce qu'il y a d'ordinaires, mais qui sont aussi confrontés à des phénomènes extraordinaires. Dès lors les histoires de Bob LEMAN peuvent être rangées quelque part entre celles de Howard Phillips LOVECRAFT et celles de Stephen KING. Le premier explique le fait que Sturkeyville soit un lieu propice à l’apparition de monstres en tous genres, à toutes sortes de dégénérescences et à des malédictions transgénérationnelles. Du second on retrouve l'empathie de l'auteur pour ses personnages, tous plus humains les uns que les autres en dépit de l'horreur qui les frappe sans pitié, et systématiquement.
Si la lecture de ces six nouvelles peut certainement donner une impression de déjà-lu, force est de reconnaître que la prose de Bob LEMAN est non seulement personnelle, mais aussi terriblement efficace. C'est même avec un plaisir non dissimulé que l'on tourne les pages de ce recueil. A croire qu'il est dommage que l'on écrive plus de Fantastique comme celui-ci de nos jours.
Saluons aussi, en guise de conclusion, le joli travail d'édition qu'a permis ce financement participatif, le recueil étant richement illustré par Arnaud S. MANIAK.
