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Latium est le premier roman de Romain LUCAZEAU, chercheur en philosophie politique dans une autre vie. Aussi saugrenue puisse-t-elle paraître dans la chronique d'un roman de science-fiction, cette précision vient éclairer la première des caractéristiques de l'oeuvre : sa densité.

LUCAZEAU est en effet ambitieux et bâtit un space opera à la limite du monumental (quasiment un millier de pages en deux tomes) sur les probables fondements de sa formation initiale. C'est le platonisme originel d'une part, selon lequel l'essentiel est la réalisation du Bien, idées et idéaux devant faire advenir la cité idéale et juste. C'est la philosophie de Leibniz d'autre part, notamment sa monadologie et son corollaire, sa théorie de l'union de l'âme et du corps (« Les âmes sont des unités et les corps sont des multitudes »). Et comme si cela ne suffisait pas il articule tous ces éléments autour d'une réécriture d'une tragédie de Pierre Corneille, Othon, dans un univers très largement inspiré de l'Antiquité gréco-romaine (le titre du roman est à lui-seul une référence explicite à la région de l'Italie dans laquelle Rome a été fondée pour devenir la capitale de l'Empire romain).

Dans ce cadre de références Romain LUCAZEAU met en scène un univers dans lequel l'Homme a été anéanti par ce qui est appelé l'Hécatombe depuis des millénaires. Il est désormais peuplé d'intelligences artificielles, incarnées notamment par d'immenses nefs stellaires, qui attendent passivement dans l'espace en dissertant sur leurs origines (humaines), leur condition et leur devenir. Quand Plautine, l'une de ces IA, détecte un signal lointain, elle se prend à rêver d'un retour de l'Homme, son créateur. Ce faisant elle provoque de graves dissensions avec ses congénères, certains souhaitant ouvertement se libérer du Carcan dans lequel l'Homme les a initialement enfermé. S'en suit une guerre homérique, pendant laquelle les parties usent de toute leur psychologie entre deux batailles spatiales aux dimensions vertigineuses.

La science fiction de LUCAZEAU est incontestablement inspirée. Elle peut notamment être assimilée à un subtil croisement entre celle d'Hypérion (le premier tome), voire du diptyque Ilium / Olympos de SIMMONS, et celle de la Culture de BANKS. Une référence à ASIMOV est plus directement explicite puisque le Carcan, concept au coeur de l'intrigue, est une déclinaison de ses trois lois de la robotique. Enfin LUCAZEAU glisse une subtile dimension uchronique dans son intrigue, le point de divergence se situant dans un passé pour le moins lointain puisque datant de l'Antiquité.

Cette dernière dimension est emblématique de l'exigence que confère la lecture de Latium. Le lecteur inattentif pourrait même passer totalement à côté (au besoin, il pourra revenir aux alentours de la page 200 du premier tome). Mais c'est l'ensemble du roman qui est exigeant, l'auteur nous proposant ni plus ni moins qu'une réflexion poussée sur la conscience, l'amenant d'ailleurs à dire que « Latium est bien plus un manuel de philosophie à l'usage des robots qu'un roman d'anticipation ». Ce faisant il aborde des thèmes universels pour tous les êtres doués d'intelligence : la vie, la mort, l'identité, l’eugénisme, etc.

Une telle présentation peut probablement faire peur au lecteur féru de lectures faciles. Il faut toutefois garder à l'esprit que Romain LUCAZEAU est doté d'une très belle plume, lui permettant d'assurer une indéniable fluidité à son récit, nonobstant les nombreuses notes de bas de page qui, à mon sens, auraient dû être réunies dans un glossaire en fin de volume. Il parvient sans mal à nous faire aimer ses personnages, ou plutôt ses consciences, tout particulièrement celle de Plautine. Il n'en demeure pas moins que l'oeuvre est longue et qu'elle aurait certainement gagnée à être quelque peu resserrée. Mais Latium est de ces oeuvres qui se lisent lentement, et même qui se relisent, si l'on veut en appréhender toute la richesse.

Un mot sur l'édition pour conclure. Le découpage en deux tomes est très clairement lié à une contingence technique puisque la seule lecture du tome I est obligatoirement frustrante ; en d'autres termes, et pour faire bref, Latium est bel et bien un unique roman. Saluons aussi le travail de MANCHU dont l'illustration prend toute sa dimension quand les deux volumes sont posés côte à côte.

CITRIQ CITRIQ
Latium - Romain LUCAZEAU (2016), illustration de MANCHU , Denoël collection Lunes d'Encre, 2016 , 464 et 512 pagesLatium - Romain LUCAZEAU (2016), illustration de MANCHU , Denoël collection Lunes d'Encre, 2016 , 464 et 512 pages

Latium - Romain LUCAZEAU (2016), illustration de MANCHU , Denoël collection Lunes d'Encre, 2016 , 464 et 512 pages

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