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Dans le château de Gormenghast vit une famille noble dont la seule occupation consiste à accomplir des rites fixés par une tradition ancestrale. La naissance de l’unique héritier, Titus, laisse tout le monde indifférent, si ce n’est que cela donne lieu à de nombreuses cérémonies indispensables à son rang. C’est dans ce contexte qu’un jeune apprenti s’échappe des cuisines et, par ruse et intrigues, réussit à s’introduire dans l’entourage des seigneurs…

Ce début d’intrigue peut paraître convenu, mais la trilogie de Gormenghast n’a pas pour prétexte de mettre en scène un suspense. Elle cherche avant tout à décrire un univers, et les personnages qui y vivent. Le nom même de la trilogie (et du deuxième tome) est celui d’un lieu, celui du château, dont les habitants ont l’impression que rien d’autre n’existe en dehors. Cela en fait d’ailleurs un « personnage » à part entière, voire même le personnage principal de l’œuvre. Pour les anglophones, Gormenghast est un nom plutôt évocateur puisqu’il est la conjonction de deux mots : « gore », qui signifie « sang », dans le sens de sanglant, et « to be aghast », qui peut être traduit par « être frappé d’horreur ».

L’horreur est en effet présente tout au long des 1300 pages de la trilogie. En premier lieu parce que Gormenghast est un lieu froid qui semble régir toute la vie qui gravite en son sein et dans ses abords immédiats. En second lieu parce que bon nombres de personnages centraux de la trilogie périssent de mort violente.

Les personnages justement, parlons-en. Rien que leur nom est évocateur. Lord Tombal, 76ème comte d’Enfer, personnage mélancolique qui ne semble intéressé que par les livres qui remplissent l’immense bibliothèque de Gormenghast. Craclosse, son serviteur, aussi rigide d’esprit que la maigreur qui fait craquer ses os à chaque mouvement. Et que dire de Lenflure, l’immonde cuisinier dont le corps est aussi gras que sa cuisine ? Il y a aussi Finelame, personnage médiocre, mais prêt à tout pour assouvir son arrivisme, c’est à dire se hisser tout en haut de l’échelle de l’aristocratie de Gormenghast. Et il y en a bien d’autres encore, chacun représentant une facette exacerbée des travers de l’âme humaine.

Tout cela fait de la trilogie de Gormenghast une oeuvre difficilement classable. Farce ? Drame ? Conte ? Roman médiéval ? Probablement tout cela à la fois et certainement bien plus encore. On pourrait la comparer à Alice au pays des merveilles pour l’irrationalité apparente qui n’est peut-être pas si absurde que cela… Mais émergent également de l’œuvre une angoisse kafkaïenne, celle d’un univers qui a perdu son âme, et une prose rabelaisienne, de par la truculence des personnages. L’écriture de PEAKE est donc extrêmement riche. Mais l’auteur ne se contente pas de cela et nous invite en plus à analyser la manière dont nous vivons pour in fine nous montrer la voie de notre seul et unique but dans la vie : la liberté. Car l’univers de PEAKE a beau être imaginaire, il est très facilement transposable au notre.

On l’aura compris, la trilogie de Gormenghast est incontestablement l’un des chefs-d’œuvre des littératures de l’imaginaire. Certains auteurs bien plus connus que PEAKE ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et le revendiquent comme source d’inspiration, Michael MOORCOCK et Roger ZELAZNY en tête.


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Titus d'enfer - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Groan, 1946), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de Anthony Frederick Augustus SANDYS,  Phébus collection D'aujourd'hui, 1998, 502 pages Gormenghast - Mervyn Laurence PEAKE (Gormenghast, 1950), traduction de Gilberte LAMBRICHS et Patrick REUMAUX, illustration de Alfred William HUNT, Phébus collection D'aujourd'hui, 2000, 558 pages Titus errant - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Alone, 1959), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de WHISTLER, Phébus collection D'aujourd'hui, 2001, 288 pages
Titus d'enfer - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Groan, 1946), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de Anthony Frederick Augustus SANDYS,  Phébus collection D'aujourd'hui, 1998, 502 pages Gormenghast - Mervyn Laurence PEAKE (Gormenghast, 1950), traduction de Gilberte LAMBRICHS et Patrick REUMAUX, illustration de Alfred William HUNT, Phébus collection D'aujourd'hui, 2000, 558 pages Titus errant - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Alone, 1959), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de WHISTLER, Phébus collection D'aujourd'hui, 2001, 288 pagesTitus d'enfer - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Groan, 1946), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de Anthony Frederick Augustus SANDYS,  Phébus collection D'aujourd'hui, 1998, 502 pages Gormenghast - Mervyn Laurence PEAKE (Gormenghast, 1950), traduction de Gilberte LAMBRICHS et Patrick REUMAUX, illustration de Alfred William HUNT, Phébus collection D'aujourd'hui, 2000, 558 pages Titus errant - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Alone, 1959), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de WHISTLER, Phébus collection D'aujourd'hui, 2001, 288 pages

Titus d'enfer - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Groan, 1946), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de Anthony Frederick Augustus SANDYS, Phébus collection D'aujourd'hui, 1998, 502 pages Gormenghast - Mervyn Laurence PEAKE (Gormenghast, 1950), traduction de Gilberte LAMBRICHS et Patrick REUMAUX, illustration de Alfred William HUNT, Phébus collection D'aujourd'hui, 2000, 558 pages Titus errant - Mervyn Laurence PEAKE (Titus Alone, 1959), traduction de Patrick REUMAUX, illustration de WHISTLER, Phébus collection D'aujourd'hui, 2001, 288 pages

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