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A l'origine les estoniens étaient un peuple sylvestre, vivant en parfaite harmonie avec la forêt et les animaux qui la peuplait. Mais au début du XIIIème siècle les chevaliers templiers allemands ont apporté modernité et christianisme dans le cadre des croisades baltes. La forêt s'est alors dépeuplée, les hommes s'installant peu à peu dans les villages, oubliant tout aussi vite les éléments constitutifs de l'équilibre avec la nature, notamment la langue qui permet de communiquer avec les animaux, la langue des serpents.

Leemet est le dernier homme à vivre dans la forêt, le dernier à savoir la langue des serpents. Et c'est en tant que témoin de cette période de transition rapide, brutale et tragique qu'il nous raconte sa vie, de son aube à son crépuscule. Ainsi sa jeunesse s'est-elle déroulée dans le cadre de la découverte de son environnement, qu'elle soit formalisée par les enseignements de son oncle, ou plus personnelle avec les jeux de Leemet et de ses amis, notamment Ints la vipère royale avec laquelle il entretiendra une amitié sincère de toute une vie. Jeune adulte il fera aussi l'apprentissage de la vie au village, notamment parce que c'est en son sein qu'il vivra ses premiers émois amoureux ; il est vrai que quasiment aucune jeune fille ne vit alors plus dans la forêt. Ce sont d'ailleurs toutes ces expériences qui lui font prendre conscience qu'il n'est décidément pas fait pour cette vie moderne, et c'est après moult allers et retours, et autant de drames, qu'il finira par se retirer définitivement dans la forêt, seul.

Par bien des aspects, en particulier la capacité de communication des hommes avec les animaux, L'homme qui savait la langue des serpents est un conte. Il est toutefois écrit de manière très moderne et le lecteur ne sentira à aucun moment la naïveté des propos qui sont généralement tenus dans ce genre de récits. Au contraire, y sont abordés des thèmes éminemment universels tels l'apprentissage, la perte des valeurs, la violence ou le refus de l'étranger. C'est d'ailleurs cette universalité qui ne réserve aucunement ce roman au seul marché estonien. En fait le lecteur non-estonien ne sera hermétique qu'à la satire sociale sous-jacente du récit, laquelle n'est toutefois pas indispensable à la compréhension du récit, et de toute façon éclairée dans la postface de l'excellent traducteur du roman.

Par bien des aspects aussi L'homme qui savait la langue des serpents n'est pas sans rappeler Les brigands de la forêt de Skule de Kerstin EKMAN. Le roman d'Andrus KIVIRÄHK a toutefois sa personnalité propre, et pas seulement du fait de sa nationalité. Complet, il aborde des sujets graves en faisant appel tout autant à l'humour qu'à la tragédie, et sa prose est réellement très belle. Dès lors on comprend que l'auteur, notamment (mais pas exclusivement) pour le roman présenté ici, soit un écrivain reconnu dans son pays.

En bref, L'homme qui savait la langue des serpents est tout simplement un superbe roman qui se démarque en outre de la production traditionnelle dans les littératures de l'imaginaire.

CITRIQ

L’homme qui savait la langue des serpents - Andrus KIVIRÄHK (Mees, kes teadis ussisõnu, 2007), traduction de Jean-Pierre MINAUDIER, illustration de Denis DUBOIS, Attila, 2013, 440 pages

L’homme qui savait la langue des serpents - Andrus KIVIRÄHK (Mees, kes teadis ussisõnu, 2007), traduction de Jean-Pierre MINAUDIER, illustration de Denis DUBOIS, Attila, 2013, 440 pages

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