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James Graham BALLARD, plus connu sous la signature J. G. BALLARD, était un écrivain relativement méconnu du grand public. Il est vrai que son oeuvre est aussi sophistiquée qu'étrange et qu'il ne se préoccupait guère de donner à ses intrigues et ses personnages les caractéristiques du best-seller. Au contraire, il aimait explorer la face sombre des grandes métropoles et mettre en scène des personnages qui, au-delà de l'apparence de normalité, s'avéraient obsédés par la violence et autres perversions. Par exemple, l'un de ses romans les plus connus met en scène un homme fasciné par la psychosexualité des accidents de voitures (Crash, 1973). Les amateurs de science fiction le connaissent aussi pour ses « apocalypses », lesquelles portent un regard sans concession sur l'humanité après que la planète ait été ravagée par une catastrophe naturelle. Le monde englouti en est un exemple.

 

Mais ce qui est encore moins connu c'est que J. G. BALLARD était un nouvelliste prolixe. On en veut pour preuve la récente publication de l'intégrale de ses nouvelles en trois volumes, et la présente chronique sur le premier tome.

 

Les 28 nouvelles qui le composent ont été écrites entre 1956 et 1962 et sont donc les nouvelles de jeunesse de BALLARD. On pourrait donc s'attendre à des textes dans lesquels l'écrivain se cherche ; on découvre avec une certaine stupeur qu'il s'agit en fait de récits déjà parfaitement aboutis et éminemment personnels.

 

Prenant le contre-pied de la production traditionnelle de la science fiction à l'époque, BALLARD s'intéresse plus au « au vrai futur », en tout cas à celui qu’il pressentait, qu'au « futur inventé » de la science fiction (voir l'introduction à ce volume, p. 8). C'est pourquoi  ses intrigues ne se déroulent pas dans le fin fond du cosmos, ni même dans un monde purement imaginaire ; elles prennent place sur Terre, dans des univers proches du notre, lesquels sont simplement développés sous le regard d'un auteur ayant un goût prononcé pour l'absurde et le surréalisme. A ce titre on mentionnera les nouvelles de ce recueil relevant de Vermilion Sands, lequel est un univers original que BALLARD qualifiait lui-même de « banlieue exotique de son esprit ». Parmi elles Numéro 5, Les Étoiles est tout simplement un chef d'oeuvre faisant explicitement référence à Salvador Dali.

 

Une autre caractéristique de ces nouvelles c'est leur vision pessimiste de notre futur. Ce qu'imagine BALLARD c'est le surpeuplement, ou la désertification, la généralisation du contrôle de tout un chacun, jusqu'au point où les hommes sont totalement déshumanisés. Il en résulte la plupart du temps des atmosphères oppressantes desquelles l'humain parvient rarement à se sortir.

 

Enfin signalons la récurrence d'une thématique très dickienne, celle du temps, et en particulier du temps déréglé qui suscite de terrifiants troubles de la perception.

 

Bien sûr, comme dans toute intégrale, certaines nouvelles sont plus dispensables que d'autres. Il n'en demeure pas moins que l'impression qui domine à la lecture de ce recueil c'est celle d'une littérature de haut niveau qui dépasse largement les frontières des seules littératures de l'imaginaire. C'est en outre un moyen d'approcher relativement aisément l'oeuvre de BALLARD.

 

CITRIQ

Nouvelles complètes 1956 / 1962 - James Graham BALLARD (The Complete Short Stories, 2001), traduction de Laure CASSEAU, Bernard SIGAUD, illustration de Paul MURPHY, Tristram, 2008, 704 pages

Nouvelles complètes 1956 / 1962 - James Graham BALLARD (The Complete Short Stories, 2001), traduction de Laure CASSEAU, Bernard SIGAUD, illustration de Paul MURPHY, Tristram, 2008, 704 pages

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