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En 1933, Franklin Roosevelt est assassiné à Miami. Dès lors les Etats-Unis ne parviennent pas à sortir de la grande dépression et vont rester figés dans la neutralité quand Adolf Hitler lancera son offensive contre l'Europe. Plus rien ne s'oppose alors à la victoire des Forces de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon) dans le deuxième conflit mondial qui aboutit au partage des Etats-Unis en 1947 entre l'Allemagne à l'Est et le Japon à l'Ouest. Quinze ans plus tard, à San Francisco, un livre connaît un très grand succès : « La Sauterelle pèse lourd ». Il s'agit d'un roman de science fiction dont l'intrigue s'appuie sur une idée saugrenue, celle selon laquelle les Alliés auraient remporté la Deuxième Guerre mondiale en 1945.

Le lecteur suit alors quatre personnages principaux dont les destins parallèles ne se croisent quasiment jamais. Il s'agit de Robert Childan, vendeur d'antiquités folkloriques américaines, de Nosubuke Tagomi, fonctionnaire japonais, de Frank Frink, artisan juif qui se lance dans la joaillerie d'art, et de Juliana Frink, ex-femme de ce dernier partie à la rencontre de l'auteur du best-seller, retiré dans un château au coeur des Etats-Unis. En leur nom, Philip K. DICK présente alors la géopolitique de l'ordre nouveau, et ce d'une manière très cohérente par rapport à l'Histoire connue des différents régimes politiques avant le point de divergence de son uchronie. L'exercice peut d'ailleurs parfois sembler quelque peu académique et empreint d'un certain patriotisme américain.

L'essentiel du Maître du Haut Château n'est toutefois pas à rechercher à ce niveau. Le véritable propos du roman est d'interroger le lecteur sur la vraisemblance du monde considéré comme réel dans le roman, et celle du monde romancé dans « La Sauterelle pèse lourd ». Il s'agit-là d'un thème très « dickien » qui s'appuie sur l'utilisation subtile du Yi King, ou Livre des mutations (Livre des Transformations dans la présente traduction), l'un des grands classiques chinois. Plus précisément, il s'agit d'un corpus de divination remontant à l'Antiquité et qui repose sur les symboles cosmologiques (les trigrammes) et les éléments de base de l'Univers. Le sens des différents combinaisons est alors expliqué par des poèmes sibyllins dont l'interprétation s'avère éminemment subjective. Dès lors en quoi le monde du roman de DICK est-il plus ou moins cohérent que celui du roman dans son roman ? Il ne faut pas compter sur l'auteur pour répondre à cette question ; il préfère en effet mettre ses lecteurs à contribution en leur demandant indirectement un effort de réflexion pour aller au-delà des apparences.

Il y a donc deux niveaux de lecture du Maître du Haut Château. Le premier niveau est le plus simple mais laissera le lecteur sur sa faim : c'est celui de l'uchronie pure et simple et de la description du monde tel qu'il évolue à partir du point de divergence. Le second niveau est bien plus complexe et nécessite une contribution intellectuelle de la part du lecteur. Si ce dernier connaît, ou accepte de se documenter sur le Yi King, il découvrira alors une oeuvre d'une richesse incroyable et quasiment infinie. Inutile de préciser que c'est à ce seul second niveau de lecture que le roman peut être pleinement apprécié et que l'on comprend pourquoi le Prix Hugo lui a été décerné en 1963.

 

CITRIQ

Le Maître du Haut Château - Philip K. DICK (The Man in the High Castle, 1962) in Substance rêve, traduction de Jacques PARSONS, illustration de Didier THIMONIER, Presses de la Cité collection Omnibus, 1993, pp. 7 à 236

Le Maître du Haut Château - Philip K. DICK (The Man in the High Castle, 1962) in Substance rêve, traduction de Jacques PARSONS, illustration de Didier THIMONIER, Presses de la Cité collection Omnibus, 1993, pp. 7 à 236

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