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Voici un roman singulier à au moins deux titres. Le premier c'est sa genèse : écrite au début des années soixante, l'oeuvre n'est pas publiée, ce qui conduit son auteur au suicide en 1969 ; c'est finalement sa mère qui y parvient en 1980 par le biais d'une petite maison d'édition universitaire ; et contre toute attente le roman obtient le prix Pulitzer l'année suivante. Le second c'est son histoire, John Kennedy TOOLE mettant en scène un personnage grotesque à bien des égards mais doté d'une intelligence rare.

 

A 30 ans Ignatius J. Reilly est remarquablement érudit en littérature médiévale. Il vit à La Nouvelle-Orléans en véritable pacha chez sa mère arthritique et alcoolique. Il abhorre son époque et s'obstine à vivre en décalage constant avec le reste de la société, ce qui lui permet d'exprimer son mépris envers ses contemporains dans tous les actes de sa vie quotidienne. Il est d'ailleurs particulièrement odieux et égocentrique et rêve d'un monde libéré des « dégénérés » et « mongoliens » qui le peuplent. Il aime d'ailleurs parler de sa vision du monde dans son journal, sa seule véritable occupation. Or Ignatius se voit bientôt contraint de trouver un emploi pour la première fois de sa vie ; au-delà de l'horreur de la situation, c'est peut-être aussi l'occasion de rendre la société conforme à ses attentes.

 

C'est sur cette intrigue que TOOLE nous propose une peinture surréaliste de La Nouvelle-Orléans et de ses habitants, de nombreux personnages hauts en couleur croisant la route d'Ignatius Reilly. C'est par exemple Myrna Minkoff, l'étudiante contestataire convaincue que les problèmes de notre héros sont sexuels, Jones le balayeur noir d'un bar louche tenu par une patronne dictatoriale, Mr Levy qui ne pense qu'à une chose, se débarrasser des Pantalons Levy créés par son père, ou encore l'agent de police Mancuso, incompétent notoire qui arpente les rues de la ville dans les déguisements les plus improbables.

 

Tout ce petit monde prend vie dans le cadre d'une véritable farce qui joue à merveille du contraste entre la préciosité du langage et des idées d'Ignatius, et le langage populaire des personnages qui gravitent autour de lui ; on peut d'ailleurs saluer à ce niveau le travail de traduction effectué pour les lecteurs francophones. Et au-delà de la farce, le roman est structuré de la même façon que la Consolation de la philosophie de Boèce, philosophe latin du VIème siècle qui dialogue avec sa Muse au sujet de sa condition de prisonnier politique de Théodoric le Grand, roi des ostrogoths. C'est d'ailleurs le livre favori d'Ignatius J. Reilly et la preuve que La conjuration des imbéciles est une oeuvre à lire à des degrés multiples.

 

Ce qui demeure à la fin de cette lecture c'est néanmoins le caractère comique du roman. TOOLE sait parfaitement nous montrer les contradictions du monde moderne grâce à un sens de la dérision hors norme, les situations cocasses se succédant à un rythme effréné et le lecteur riant bien volontiers de situations plus absurdes les unes que les autres.

 

CITRIQ

La conjuration des imbéciles - John Kennedy TOOLE (A Confederacy of Dunces, 1980), traduction de Jean-Pierre CARASSO, illustration de Ed LINDLOF, Robert Laffont collection Pavillons, 1981, 408 pages

La conjuration des imbéciles - John Kennedy TOOLE (A Confederacy of Dunces, 1980), traduction de Jean-Pierre CARASSO, illustration de Ed LINDLOF, Robert Laffont collection Pavillons, 1981, 408 pages

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