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L'empire malazéen ne vise qu'à accroître encore et encore son influence. Alors lorsqu'il se saisit de Pale, l'une des dernières villes libres du continent Genabackis, son regard se porte immédiatement sur Darujhistan, la plus prestigieuse d'entre elles...

Il est rare que le résumé d'une oeuvre, aussi court soit-il, n'évoque pas un ou deux personnages principaux. C'est pourtant ce qui convient le mieux aux Jardins de la Lune, premier tome de la décalogie Le Livre malazéen des Glorieux Défunts de Steven ERIKSON. Cela ne signifie toutefois pas que le roman est totalement dépourvu de personnages ; au contraire, il y en a pléthore, une centaine si l'on en croit la liste des personnages en début d'ouvrage, mais aucun ne prend véritablement l'ascendant sur les autres.

On touche donc ici à la première caractéristique du roman : sa capacité à évoquer de nombreux points de vue sur un même évènement, qu'ils émanent de divinités ou de simples soldats, en passant par tous les statuts sociaux intermédiaires. Et si certains personnages disposent de pouvoirs remarquables, aucun n'est stéréotypé au point de mettre en défaut sa crédibilité.

Cette multitude de personnages évolue par ailleurs dans un univers particulièrement riche. Vaste, il donne l'impression d'avoir été conçu par l'auteur dans ses moindres détails, de sa cosmogonie à sa politique, en passant par sa géographie et sa sociologie. A ce titre, et comme indiqué dans le quatrième de couverture, ERIKSON utilise pleinement sa formation d'anthropologue.

Cet univers est donc en guerre perpétuelle. Les personnages ont chacun leurs objectifs, et n'ont aucun scrupule pour les atteindre, notamment s'il s'agit d'utiliser les autres. Tous complotent à leur niveau respectif, aucun n'est totalement le représentant du Bien ou du Mal. De ce point de vue, l'oeuvre d'ERIKSON peut d'ailleurs rappeler celle de MARTIN avec son Trône de Fer.

Bon nombre de ces personnages sont en outre de vieux briscards désabusés, notamment la 9ème escouade de l'empire malazéen, les Brûleurs de Ponts. La magie, très présente et très puissante, tire la plupart du temps vers le noir plutôt que vers le blanc. De nombreuses créatures issues du passé  viennent interagir avec les activités des humains. Le quatrième de couverture l'indique également : Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts n'est pas sans rappeler La Compagnie Noire de Glen COOK.

Il y a enfin la dimension épique de l'oeuvre qui peut rappeler Les Chroniques de Thomas l'Incrédule de DONALDSON. L'univers du Livre malazéen des Glorieux Défunts est en effet multidimensionnel et ERIKSON sait parfaitement mettre simultanément en scène divinités, créatures diverses et Hommes. Il montre aussi sa capacité à décrire de manière parfaitement réaliste les scènes guerrières.

Tout cela aurait pu être parfait si les qualités de l'oeuvre ne correspondaient pas aussi à ses défauts. Sa richesse la rend en effet extrêmement complexe, d'autant que le récit n'est pas linéaire, et que là où le lecteur est en droit d'attendre quelques explications, il ne les obtient que bien plus tard, voire pas du tout. De même, la multitude de personnages réduit fortement leur force émotionnelle, le lecteur ayant alors bien du mal à s'attacher à tel ou tel caractère.

Cela étant dit, les lecteurs de la version originale semblent avancer que les tomes à venir dans la décalogie corrigent ces défauts, tout en maintenant, voire surpassant, les qualités de ce premier tome. Le lecteur français n'a donc plus qu'à patienter, ce qui ne devrait pas être trop long connaissant le sérieux de l'éditeur qui vient de reprendre la publication du Livre malazéen des Glorieux Défunts (Buchet-Chastel avait publié Les Jardins de la Lune en 2001 sans aller plus loin).

 

CITRIQ

Les Jardins de la Lune - Steven ERIKSON (Gardens of the Moon - A Tale of the Malazan Book of the Fallen, 2000), traduction de Marie-Christine GAMBERINI, illustration de Alain BRION, Calmann-Lévy collection Fantasy, 2007, 592 pages

Les Jardins de la Lune - Steven ERIKSON (Gardens of the Moon - A Tale of the Malazan Book of the Fallen, 2000), traduction de Marie-Christine GAMBERINI, illustration de Alain BRION, Calmann-Lévy collection Fantasy, 2007, 592 pages

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