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Robert SHECKLEY est un auteur de science fiction américain quelque peu oublié aujourd'hui. Pourtant il fut un nouvelliste prolixe et percutant en plein âge d'or du genre. Le présent recueil édité par Argyll en témoigne et réunit treize nouvelles datant des années 1950.

La science fiction de Robert SHECKLEY est centrée sur l'Homme, soit pour lui-même, soit en le confrontant à des civilisations extraterrestres. Dans tous les cas l'Humanité se caractérise par une agressivité innée qui ne demande qu'à s'exprimer. Il en est ainsi, par exemple, dans la nouvelle qui ouvre le recueil et qui est probablement la plus connue grâce à l'adaptation cinématographique d'Yves Boisset (1983), Le Prix du danger. Robert SHECKLEY est également un maître dans la mise en scène de situations absurdes et manie l'ironie à la perfection ; il en est notamment ainsi dans l'ultime nouvelle et dans laquelle l'Humanité ayant essaimé dans la galaxie se retrouve confrontée à la perte de ce qui la caractérise en premier lieu : son agressivité (Permis de maraude). Cela donne à ses récits un ton souvent humoristique qui ne fait que mettre en valeur sa fine connaissance de la nature humaine ; il s'offre même le luxe d'une nouvelle littéralement freudienne, Le temps des retrouvailles, qui donne son titre au présent recueil.

Incontestablement Robert SHECKLEY mérite d'être redécouvert. Ses histoires sont passionnantes, drôles, et parfois même dotées d'une dimension prophétique (il parle de téléréalité en... 1958, et de crise climatique... en 1957). Quant à sa prose, elle n'a pas pris une ride, notamment grâce à la révision des traductions pour la présente publication.

Le temps des retrouvailles est donc un recueil hautement recommandable dont la seule fausse note est peut-être la postface, un essai signé Marc THIVOLLET datant de 1972 et parlant souvent de nouvelles absentes du présent recueil. A moins que le lecteur considère qu'elle ouvre plus largement sur l'œuvre de Robert SHECKLEY.

Le Prix du danger (The Prize of Peril, 1958)
Peut-être le titre le plus connu du lectorat français grâce à l'adaptation cinématographique d'Yves BOISSET en 1983, Le prix du danger est tout simplement une nouvelle visionnaire dans laquelle l'auteur parle de téléréalité en 1958. L'appât du gain y est si fort qu'il supplante tout, y compris la vie des concurrents, et ce en direct à la télévision, devant des millions de téléspectateurs qui peuvent par ailleurs interagir en décidant tantôt d'aider la proie, tantôt d'aider les chasseurs...

Les Morts de Ben Baxter (The Deaths of Ben Baxter, 1957)
Jeu temporel et uchronique où il est démontré en trois scénarios que la modification du passé n'est pas une mince affaire. On notera aussi la préoccupation précoce (1957) de l'auteur pour les problématiques climatiques.

Une Race de guerriers (Warrior Race, 1952)
Quand deux conceptions de la guerre s'affrontent c'est l'incompréhension qui domine. C'est ce qu'expérimentent deux terriens en panne de carburant et qui se voient refuser le ravitaillement nécessaire par les cascelliens... L'absurdité du propos n'est bien entendu qu'en trompe-l'oeil, Robert SHECKLEY excellant une fois de plus dans sa démonstration.

N'y touchez pas ! (Hands Off, 1954)
Quand un équipage terrien s'empare d'autorité d'un vaisseau extraterrestre il ignore qu'il va se trouver confronté à l'inimaginable. Incommunicabilité encore, ici elle touche plus aux lois même de la physique qu'à celles de la culture (humains et aliens ne se rencontrent pas). C'est plein d'humour, cynique même quant au constat de la bêtise humaine.

La Mission du Quedak (Meeting of the Minds, 1960)
La rencontre entre humains et alien est physique cette fois avec une nouvelle dans la veine de La chose, mais cette fois ci sur une petite île des Salomon (Océanie). C'est aussi la lutte entre l'individualisme humain et la volonté de fédérer toutes les créatures vivantes de la part de l'alien.

Tu brûles ! (Warm, 1953)
Au moment de faire sa demande en mariage, Anders entend une voix qui l'invite à voir la réalité autrement que par son seul regard d'humain. Et cette réalité c'est celle de la chair dont est composé l'humain, et plus loin encore la structure atomique autour de laquelle la chair est structurée. Changement de perspective ici encore, il est de ceux capables de remettre en cause ce qui fait qu'un humain est tel.

Un billet pour Tranaï (A Ticket to Tranai, 1955)
A l'extrémité de la Voie Lactée Tranaï est un paradis où s'incarne la plus parfaite des Utopies. C'est en tout cas ce que le vieux capitaine Savage raconte au jeune Marvin Goodman. De fait, dès son arrivée il a confirmation que le crime n'existe pas, la pauvreté non plus, et que dans un tel cadre l'autorité n'a nul besoin d'exercer sa fonction coercitive. Pour autant, il lui faudra aussi un peu de temps pour prendre conscience que ces merveilles sont toutes relatives puisqu'il a suffit de légaliser le crime et d'autoriser la mendicité pour les faire tout bonnement disparaître. On est donc ici une nouvelle fois au comble d'un changement de perspective, totalement radical.

Le Temps des retrouvailles (Join Now / The Humors, 1958)
Nouvelle littéralement freudienne où l'humain peut scinder les trois facettes de sa personnalité. Ainsi le ça, agressif et dominateur, peut-il affronter l’hostilité de Vénus, le surmoi rester sur Terre pour valoriser son calme et son pragmatisme, et la libido s’installer sur Mars pour profiter de tous les plaisirs offerts sur cette planète. Alistair Crompton est un de ces scindés. Et il veut retrouver sa personnalité pleine et entière. L'idée est aussi brillante que son traitement est malin. C'est une nouvelle aussi passionnante que drôle.

Tels que nous sommes (All the Things You Are, 1956)
Le premier contact entre les humains et une civilisation extraterrestre tourne à la farce quand les caractéristiques physiques des hommes sont un danger mortel pour leurs hôtes. Mais la rencontre est aussi source de belles choses, et pourquoi pas une autre forme de vie.

La Suprême récompense (The Victim from Space, 1957)
Encore un premier contact. Et cette fois la différence est culturelle, l'humain est si bien accueilli qu'il se voit offrir la Suprême Récompense. Ce qu'il ignore c'est qu'il s'agit pour lui de mourir de la plus violente et douloureuse des façons.

Les Spécialisés (Specialist / M Molecule, 1953)
Un vaisseau spatial doué de conscience, ou plutôt dont toutes les composantes sont douées de conscience, chacune étant strictement spécialisée. A la mort accidentelle du Pousseur, il s'agit maintenant de remplacer cette composante défaillante. Justement une planète proche semble peuplée de Pousseurs...

La Septième victime (Seventh Victim, 1953)
L'Humanité est intrinsèquement violente. Alors pour résoudre le problème, le meurtre a été légalisé, encadré par des règles strictes, lesquelles sont garanties par un véritable service public. La thématique fait écho au Prix du danger et permet à Robert SHECKLEY de manier l'ironie avec grand talent. Il montre aussi encore une fois qu'il est un fin connaisseur de la nature humaine.

Permis de Maraude (Skulking Permit, 1954)
L'Humanité a essaimé dans la galaxie. Quand une petite communauté s'apprête à recevoir des émissaires de la planète mère c'est l'effervescence car il faut montrer que la colonie est bien terrienne, avec ses codes et son autoritarisme. Or la colonie en question est bien trop pacifiste pour passer avec succès l'inspection, et il faut vite désigner un Criminel sans même savoir ce qu'est un crime...

Le temps des retrouvailles - Robert SHECKLEY (2022), traduction de Marcel BATTIN, Michel DEUTSCH, Jean-Pierre PUGI et Arlette ROSENBLUM, révisée par Lionel EVRARD, Argyll, 2022, 416 pages

Le temps des retrouvailles - Robert SHECKLEY (2022), traduction de Marcel BATTIN, Michel DEUTSCH, Jean-Pierre PUGI et Arlette ROSENBLUM, révisée par Lionel EVRARD, Argyll, 2022, 416 pages

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