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John Earle McClaren, ancien maire respecté de Hammond, dans l’État de New York, aperçoit sur le bord de la route un individu à la peau foncée brutalisé par deux agents de police. En tant que notable de la région, il fait de son intervention un véritable devoir moral. Mais il a oublié que son mandat de maire est ancien et qu'à soixante-sept ans son corps n'est plus capable de supporter les coups et les tirs de taser...

Le millésime 2021 (2020 en version originale) de Joyce Carol OATES aurait pu être exclusivement consacré aux suites judiciaires d'un fait divers désormais récurrent aux Etats-Unis, et bientôt ailleurs. Ce serait toutefois mal connaître l'auteure qui, tout en maintenant ce sujet en toile de fond, préfère consacrer l'essentiel de son récit à l'intime, celui de la famille McClaren. Car que devient la famille qui n'était capable de s'unir qu'autour de ce père charismatique quand celui-ci disparaît brutalement ?

Thom, l'aîné, ne cherche qu'à perpétrer l'œuvre de ce géniteur qu'il a érigé comme modèle. Il y a ensuite Beverly, mère de famille engluée dans sa petite vie de femme au foyer, mais persuadée de la solidité de sa condition sociale. Lorene est quant à elle convaincue que sa carrière dans l'éducation nationale ne tient qu'à son autorité, quitte à mettre de côté toute moralité. Sophia fait en quelque sorte la synthèse de ses deux aînées, torturée qu'elle est entre sa carrière scientifique et l'amour qu'elle porte à son Directeur. Et il y a enfin Virgil, le cadet, l'artiste sans talent, l'activiste écolo, la brebis galeuse. Tous, d'une manière ou d'une autre, voient leur vie bouleversée par la mort du père ; tous tentent à leur façon de sauver ce qui peut l'être à commencer par la (sur)protection de leur mère, Jessalyn, qui a vécu toute sa vie dans l'ombre de son mari, trouvant son bonheur dans ceux de ce dernier et de leurs cinq enfants. Mais à l'heure où l'épouse devient veuve, à mesure que le deuil fait son chemin, un choix doit être fait, celui de la vie ou de la mort.

Roman sur la dislocation d'une famille et sur l'émancipation d'une mère, référence assumée au poème de Walt WHITMAN « Minuit clair », La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles. est tout simplement brillant de subtilité. Joyce Carol OATES y est une fois de plus au sommet d'un art qui consiste à placer l'humain devant toute forme de sensationnalisme tout en emportant l'adhésion de ses lecteurs.

La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles. - Joyce Carol OATES (Night. Sleep. Death. The Stars., 2020), traduction de Claude SEBAN, Philippe Rey, 2021, 928 pages

La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles. - Joyce Carol OATES (Night. Sleep. Death. The Stars., 2020), traduction de Claude SEBAN, Philippe Rey, 2021, 928 pages

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