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Sur Arbre, depuis des millénaires, et au rythme de conflits armés ravageurs, la société s'est structurée autour de concentes, des sanctuaires dans lesquels œuvrent des mathématiciens philosophes. Méfiantes vis à vis du monde extérieur, le saeculum, ces communautés ne s'ouvrent à lui qu'à intervalle fixe, celui-ci pouvant être annal, décennal, centenal ou millenal. Fraa Erasmas est un jeune chercheur vivant dans la concente décennale de Saunt-Edhar. Et c'est lors de l'aperte de 3690 qu'il se trouve confronté au bannissement de son maître à penser et à une énigme astronomique menaçant Arbre toute entière. Il quitte alors sa concente pour tenter de comprendre le phénomène et trouver une solution...

Anatèm est un roman de science fiction spéculative dans lequel Neal STEPHENSON plonge directement le lecteur dans un univers original, de ses codes à sa langue, en passant par les modes de pensées, notamment par le biais de nombreuses digressions scientifico-philosophiques. L'exercice peut a priori paraître ardu mais l'intrigue est in fine simple, la prose fluide et les sujets pointus traités avec un humour d'une grande finesse. L'intérêt du lecteur est donc capté très rapidement, lequel se rend compte au bout de quelques dizaines de pages (sur un bon millier) qu'il a entamé-là un voyage à nulle autre pareille. En fait il accompagne ni plus ni moins le narrateur dans la découverte de son univers tout en tentant de résoudre une énigme à même de le chambouler.

Le narrateur, Fraa Erasmas, est aussi le personnage principal. C'est par ses yeux que l'on découvre Arbre et ses autochtones ; c'est par ses actes qu'il résout l'énigme astronomique à laquelle toute la planète est confrontée. Il est en outre entouré d'une galerie de personnages composite, chacun apportant un point de vue qui lui est propre sur Arbre et ses codes.

Anatèm est au final un roman remarquable pour sa richesse intellectuelle. Faisant la part belle à la réflexion, le ton léger de la narration aide le lecteur à y participer bien volontiers. C'est même quand l'action prend l'ascendant, dans le second tome, que l'intérêt peut éventuellement marquer le pas. On préférera donc retenir la vaste réflexion sous-jacente sur la science érigée en quasi religion et son corollaire, la nécessité de garantir la pluralité des savoirs pour ne pas sombrer dans la dictature pure et simple et ses excès dévastateurs.

Notons enfin l'histoire éditoriale compliquée de ce roman en France. Doté du Locus en 2009, il avait fait l'objet d'une première tentative de traduction par Bragelonne. Avortée prématurément face à l'ampleur de la tâche, et probablement à cause d'un éloignement trop important du fond de commerce traditionnel de cet éditeur, c'est finalement Jacques COLLIN pour la toute nouvelle collection Albin Michel Imaginaire qui en vient à bout. Auteur, traducteur et éditeur produisent alors un roman appelé à devenir une référence du genre.

Anatèm - Neal STEPHENSON (Anathem, 2008), traduction de Jacques COLLIN, illustration de Gaëlle MARCO, Albin Michel collection Imaginaire, 2018, 656 et 560 pagesAnatèm - Neal STEPHENSON (Anathem, 2008), traduction de Jacques COLLIN, illustration de Gaëlle MARCO, Albin Michel collection Imaginaire, 2018, 656 et 560 pages

Anatèm - Neal STEPHENSON (Anathem, 2008), traduction de Jacques COLLIN, illustration de Gaëlle MARCO, Albin Michel collection Imaginaire, 2018, 656 et 560 pages

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