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Ex-flic, Mona Bright hérite de la maison de sa mère, sise à Wink, Nouveau-Mexique. Au-delà de la surprise, Mona n'ayant que très peu connue sa mère suicidée 30 ans plus tôt, Wink s'avère d'emblée mystérieuse, ne figurant sur aucune carte, étant peuplée d'habitants souvent étranges et construite au pied d'une mesa donnant à la Lune une teinte rosée. La ville a pourtant tout d'une retraite idyllique, mais Mona doit se rendre à l'évidence : une menace indéfinissable plane sur elle...
Un tel pitch rappellera inévitablement aux amateurs du genre le Salem de Stephen KING, voire même le Ghost Story de Peter STRAUB. Toutefois Robert Jackson BENNETT insère dans son récit une dose croissante d'occultisme à la façon d'un LOVECRAFT créant le mythe de Cthulhu, tout en la mâtinant de légendes amérindiennes. Accessoirement il donne aussi une explication claire sur ce qui ronge Wink, en tout cas bien plus que ses illustres aînés.

Le récit prend la forme d'un thriller rythmé par les découvertes de Mona Bright, sur la ville elle-même, mais aussi sur son propre passé et son ascendance. On notera aussi une description très lynchienne de la ville et de ses habitants, les belles façades et le calme ambiant de Wink pouvant rappeler l'étrangeté de Twin Peaks et nombre de ses habitants.

De ce point de vue American elsewhere est un roman qui vaut avant tout pour son ambiance. Ses personnages, au-delà de leur anachronisme, ne sont finalement que peu caractérisés. Même l'héroïne est finalement peu fouillée et mise en scène quasi uniquement dans l'action alors que ses forces et ses faiblesses auraient mérité de s'arrêter un peu plus sur elle. En fait ce n'est que dans les derniers chapitres que le personnage se dévoile intimement, mais c'est aussi le dénouement dans lequel l'action prime encore sur l'émotion.

Force est toutefois de reconnaître qu'American elsewhere est en l'état un roman qui a tout du page-turner grâce à la fluidité, au rythme et au caractère imagé de sa prose. C'est pour cette raison que les américains l'ont doté du prix Shirley Jackson en 2013. En France il inaugure aujourd'hui (avec deux autres romans) la collection Albin Michel Imaginaire dirigée par Gilles Dumay, créateur et directeur de la collection Lunes d'encre pendant près de deux décennies et maintes fois chroniquée dans ces pages.

American elsewhere - Robert Jackson BENNETT (American Elsewhere, 2013), traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT, illustration de Aurélien POLICE, Albin Michel collection Albin Michel Imaginaire, 2018, 784 pages

American elsewhere - Robert Jackson BENNETT (American Elsewhere, 2013), traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT, illustration de Aurélien POLICE, Albin Michel collection Albin Michel Imaginaire, 2018, 784 pages

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