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L'Unité 731, créée au début des années 1930, était un centre militaire de recherche bactériologique de l'Armée impériale japonaise. Officiellement, elle se consacrait à la prévention des épidémies et à la purification de l'eau ; dans les faits elle effectuait des expérimentations sur des cobayes humains, comme des vivisections sans anesthésie, ou des recherches sur diverses maladies (peste, typhus, choléra...) en vue de les utiliser comme armes bactériologiques. Tel est le sujet de L'homme qui mit fin à l'Histoire, roman court de Ken LIU.

Sous sa plume deux scientifiques mettent au point un procédé pour remonter le temps. Pour éviter tous risques de paradoxes temporels les règles sont strictes : chaque période visitée ne peut l'être qu'une fois, et par une unique personne, laquelle n'a aucune possibilité d'interférer avec l'objet de son observation. Le voyageur temporel est un strict observateur qui, à son retour, deviendra rapporteur de faits réels, condamnant à terme les mensonges d'Etat les plus sombres, comme celui de l'Unité 731.

La forme utilisée est celle du documentaire, comme suggéré par le titre du roman dans sa version originale. Cela se traduit par de courts chapitres prenant la forme d'interviews de différents protagonistes et de descriptions d'images d'archives, la structuration de l'ensemble étant d'une intelligence rare.

En peu de mots LIU semble aborder l'ensemble des problèmes que soulèvent un tel centre de recherche et une telle avancée technologique. Rétrospectivement parlant ce sont les relations sino-japonaises historiquement complexes et l'attitude ambiguë des Etats-Unis face à l'Unité 731. D'une manière plus prospective, c'est la légitimité des voyageurs temporels ; doivent-ils être historiens, journalistes, descendants de tortionnaires ou de victimes ? Plus fondamentalement encore, Ken LIU nous interroge de manière philosophique sur le passé, de sa nature à sa maîtrise, en passant par sa négation. Et finalement l'Histoire a-t-elle une fin ? Peut-elle tout simplement disparaître ?

Questionnement riche, intelligence de la structuration, plaisir de la narration, L'homme qui mit fin à l'Histoire est un petit bijou que nombre de lecteurs considéreront désormais comme une référence.

CITRIQ
L'homme qui mit fin à l'Histoire - Ken LIU (The Man Who Ended History: A Documentary , 2011), traduction de Pierre-Paul DURASTANTI, illustration de Aurélien POLICE , Le Bélial' collection Une Heure-Lumière, 2016, 112 pages

L'homme qui mit fin à l'Histoire - Ken LIU (The Man Who Ended History: A Documentary , 2011), traduction de Pierre-Paul DURASTANTI, illustration de Aurélien POLICE , Le Bélial' collection Une Heure-Lumière, 2016, 112 pages

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