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Prix Nobel de littérature depuis le 8 octobre 2015, Svetlana ALEXIEVITCH a été récompensée pour « ses écrits polyphoniques, hommages à la souffrance et au courage de notre temps ». Son oeuvre est singulière dans la mesure où elle fait appel tant à sa technique de journaliste qu'à son sens de la littérature. Ainsi, ces six écrits à ce jour trouvent-ils leur source dans le recueil de témoignages qu'elle structure ensuite de façon à produire de véritables récits cohérents par rapport auxquels elle s'efface quasi totalement. Pour elle c'est le moyen de donner libre cours aux émotions et de ne pas sombrer dans la froideur de l'information ou de l'Histoire.

La fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement, son dernier ouvrage, est parfaitement représentatif de cette oeuvre. En s'attachant à raconter de l'intérieur la fin de l'URSS, ALEXIEVITCH fait parler ces anciens soviétiques, gens du peuple, sur la façon dont ils ont vécu la perestroïka, soit les réformes économiques et sociales structurantes que Mikhaïl Gorbatchev a fait mené à l'URSS entre 1985 et 1991. Dans la première partie, les témoignages sont concentrés sur les années 1990, avec de nombreux flashbacks historiques sur l'URSS post-staliniennes quand les générations interrogées ont connu cette époque relativement lointaine. La seconde partie fait appel aux témoins des années 2000, une fois que l'économie de marché a été définitivement instaurée dans les pays de l'ex-URSS, avec les ravages sociaux qu'ils l'ont accompagné.

Tout cela respire la vérité et donne à réfléchir quand les bienfaits du capitalisme sont relativisés au même titre que le sont les méfaits du communisme pur et dur. On pourrait même s'amuser de l'opposition qui ressort de certaines tranches de vies entre l'image plutôt positive du régime stalinien et celle très négative de Mikhaïl Gorbatchev et de toute la clique qui a accompagné ou provoqué la fin du régime communiste. Mais on s'en abstient finalement puisque les témoignages mis en scènes sont si tragiques que l'on aurait préféré lire une véritable fiction. Force est toutefois d'accepter la réalité des propos rapportés et de reconnaître que cette oeuvre à nulle autre pareille est aussi glaçante que brillante.

CITRIQ

La fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement - Svetlana ALEXIEVITCH (Vremia second hand (konets krasnovo tcheloveka), 2013), traduction de Sophie BENECH, Actes Sud, 2013, 544 pages

La fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement - Svetlana ALEXIEVITCH (Vremia second hand (konets krasnovo tcheloveka), 2013), traduction de Sophie BENECH, Actes Sud, 2013, 544 pages

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