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Deuxième roman de Maurice G. DANTEC, Les racines du mal commence par suivre la trace d'un tueur en série, des origines de sa psychopathie à son suicide. Entre les deux il est arrêté et fait l'objet d'une enquête. Celui qui reconstitue ainsi la trajectoire sanglante d'Andreas Shaltzmann c'est Arthur Darquandier, jeune cogniticien engagé par le professeur Gombrowicz, spécialiste des tueurs en série travaillant avec les autorités françaises sur ce cas difficile. Ce faisant Darquandier soulève un problème de taille : certains meurtres que la police veut absolument attribuer à Shaltzmann ne collent ni à sa psychose ni à son agenda, ce qui est confirmé par la « neuromatrice », une intelligence artificielle de sa confection. La police pas plus que les mandarins de la recherche en psychiatrie criminelle ne croient aux avancées d'une telle science et écartent bien vite le cogniticien de l'affaire. Dès lors, ce n'est que quelques années plus tard, quand Shaltzmann s'est suicidé, et que Darquandier s'est exilé au Canada, que ce dernier se retrouve à nouveau plongé dans l'affaire, mettant alors à l'épreuve ses avancées en termes de logiciels « neurocognitifs ». Encore plus qu'avant il est convaincu que si Shaltzmann n'est plus, un autre tueur en série sévit toujours.

Avec Les racines du mal, DANTEC mâtine donc une intrigue purement policière d'éléments propres à la science-fiction. Et c'est bien ce qui fait la force de son roman. Car il ne se contente pas d'une intrigue structurée autour d'une course poursuite avec dévoilement progressif d'une psychologie torturée ; il plonge littéralement dans cet esprit, la neuromatrice étant l'outil idéal pour simuler une telle personnalité. Ainsi, contrairement à ce que l'on observe (trop) souvent dans la littérature policière, ce n'est pas le détective qui s'identifie au criminel mais une machine artificielle, froidement logique, donc à même de comprendre toutes les composantes d'une personnalité, et donc d'en faire l'analyse tant en termes individuels qu'en termes collectifs. Cela autorise Maurice G. DANTEC à faire de longues digressions tant technologiques que philosophiques sur la folie et le crime dans la société contemporaine, remontant ainsi aux racines du mal.

Mais cette force est aussi une faiblesse, l'auteur se faisant parfois trop bavard. Il parle d'ailleurs lui-même de « délires » dans ses remerciements en début de volume, ce que l'on comprend quand on trouve pêle-mêle au fil du récit des considérations intellectuelles sur la vie et la mort dans la Kabbale, la théorie du chaos, ou encore moult références aux événements qui ont conduits à l'éclatement de l'ex-Yougoslavie. Pour autant le roman se lit sans aucune difficulté et on en retiendra sa volonté de renouvellement d'un genre littéraire éculé depuis longtemps. C'est probablement ce qui a motivé les jurés du Grand prix de l'Imaginaire et du Prix Rosny aîné quand ils l'ont récompensé en 1996.

CITRIQ

Les racines du mal - Maurice G. DANTEC (1995), Gallimard collection Folio policier n° 63, 1999, 768 pages

Les racines du mal - Maurice G. DANTEC (1995), Gallimard collection Folio policier n° 63, 1999, 768 pages

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