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Le franco-américain Jonathan LITTELL nous propose avec Les Bienveillantes les mémoires de Maximilien Aue qui a participé aux massacres de masse nazis comme officier SS. Quelques décennies plus tard il en donne un récit rétrospectif factuel qui donne au lecteur la sensation qu'il assume parfaitement son rôle d'observateur et, ponctuellement, d'exécuteur. En rédigeant des rapports aux autorités supérieures de la SS, il s'engage ni plus ni moins à l'égard du peuple allemand qui suit comme un seul homme la politique du Führer. En d'autres termes, il ne se sent pas coupable, mais somatise néanmoins sans que l'on puisse déterminer clairement si c'est lié à ses actes de SS ou à son histoire personnelle sur laquelle il revient régulièrement.

Massif, le roman suit la chronologie du front de l'Est qui, de juin 1941 à mai 1945, fut le théâtre d'une guerre totale entre l'Union Soviétique et l'Allemagne. Cyniquement, LITTELL structure son roman comme une oeuvre au clavecin de Jean-Philippe Rameau, compositeur apprécié du narrateur ; sept parties se succèdent (Toccata, Allemande I et II, Courante, Sarabande, Menuet en rondeaux, Air et Gigue) comme autant de pièces musicales formant une danse macabre.

Si Maximilien Aue est, avec quelques autres au fil du récit, un personnage fictif, il croise la route de nombreux personnages historiques, la plupart peu recommandables, des dignitaires nazis à Adolf Hitler lui-même, en passant par quelques représentants de l'extrême droite française (Brasillach, Rebatet...). Les uns et les autres dans la destinée de Maximilien Aue renvoient à l'Orestie d'Eschyle dont LITTELL propose une libre réécriture ; comme Oreste dans Les Euménides, Aue est poursuivi par ses Erinyes personnelles, antiques divinités dont la vocation est de pourchasser sans relâche les enfants parricides ; et comme lui Aue obtiendra l'acquittement devant le tribunal divin, la colère des Erinyes étant apaisée par leur transformation en Euménides, déesses bienveillantes.

Tout cela fait du roman de Jonathan LITTELL une oeuvre extrêmement documentée et truffée de références. Pour autant, elle n'est pas aussi difficile à lire que ce que l'on peut lire ici et là à son propos. Jonathan LITTELL nous propose un récit à la première personne dans lequel il immerge le lecteur dans la conscience d'un bourreau à l'aide d'artifices littéraires simples comme la linéarité globale du récit, le rendu des dialogues et l'emploi du passé simple. Les seuls éléments qui peuvent rendre cette lecture difficile sont sa thématique et le caractère cru de la prose de l'auteur ; la dimension monumentale de l'oeuvre peut aussi être un frein pour certains (à titre personnel il m'a fallu une trentaine d'heures pour achever ma lecture) ; surtout, l'auteur considère comme acquises les connaissances sur l'administration militaire allemande de l'époque et n'explicite pas les nombreux termes de vocabulaire idoines. Les non spécialistes seront alors perturbés dans leur lecture mais pourront se reporter au glossaire en fin de volume pour les éclairer ; d'ailleurs, passée la deuxième partie du roman, la lecture se fait beaucoup plus fluide.

Si ces trois difficultés potentielles ne sont pas rédhibitoires, Les Bienveillantes pourrait alors marquer positivement et durablement les esprits. C'est incontestablement la marque d'un grand roman qui n'a certainement pas usurpé son Prix Goncourt en 2006.

CITRIQ

Les bienveillantes - Jonathan LITTELL (2006), Gallimard collection Folio, 2007, 1408 pages

Les bienveillantes - Jonathan LITTELL (2006), Gallimard collection Folio, 2007, 1408 pages

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