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En 2060 le voyage temporel est parfaitement maîtrisé. Il est même utilisé abondamment par les historiens qui peuvent littéralement vivre de l'intérieur l'époque et le lieu de leurs recherches. C'est en particulier le cas d'un laboratoire de l'université d'Oxford qui en l'occurrence s'intéresse à la Seconde Guerre Mondiale. Et pour cela quoi de mieux que de se retrouver au coeur du Blitz qui ravagea l'Angleterre de septembre 1940 à mai 1941.

C'est ainsi que Michael Davies, pour se préparer à Pearl Harbor, se rend dans la région de Douvres pour assister au rapatriement des soldats de la « poche de Dunkerque ». Merope Ward est pour sa part aux premières loges pour observer les enfants londoniens évacués dans un manoir en pleine campagne. Polly Churchill est quant à elle dans le centre de Londres dans le but d'étudier le comportement des habitants dont la vie est rythmée par les bombardements quasi quotidiens. Parfaitement informés des lieux dangereux, et des heures précises des explosions de bombes, les trois sont censés être en parfaite sécurité. Le problème est que certains de ces événements semblent être en léger décalage par rapport à leurs connaissances historiques, certaines bombes explosant avec retard, d'autres ne tombant pas exactement à l'endroit prévu. Et le pire est que les points de transfert d'une époque à une autre ne fonctionnent plus.

Les trois historiens se retrouvent donc coincés dans une époque qui n'est pas la leur et doivent composer avec une situation chaotique qu'ils ne maîtrisent pas autant qu'ils le devraient. Chacun décide alors de rejoindre les deux autres à Londres par leurs propres moyens tout en cherchant ce qui a bien pu faire dérailler la trame temporelle. Est-ce l'héroïsme bien malgré lui de Michael Davies ? Est-ce l'attachement de Merope Ward pour les deux garnements dont elle a la charge ? Est-ce le fait que Polly Churchill a bien du mal à trouver un travail et se retrouve dans un grand magasin qui n'était pas prévu ? Autant de possibilités aussi incertaines qu'angoissantes.

Après le Moyen-Age (Le grand livre, 1994) et l'Angleterre victorienne (Sans parler du chien, 2000) Connie WILLIS nous propose un nouveau voyage dans le temps avec un diptyque dont Black-out est le premier tome. Il est l'occasion d'une très belle reconstitution historique de l'Angleterre au début de la Seconde Guerre Mondiale, en particulier Londres pendant le Blitz. L'auteure s'avère parfaitement documentée et sait restituer toute la tension psychologique inhérente à la situation particulière du pays à cette époque. Pour cela elle met en scène une multitude de personnages d'une grande crédibilité, privilégiant le peuple tel qu'il a probablement réellement vécu à un ou plusieurs héros improbables. Elle n'oublie pas non plus l'esprit et l'humour très britannique qui s'imposait dans un tel récit ; à ce niveau on peut également saluer l'excellent travail de traduction de Joëlle WINTREBERT et donner une mention spéciale aux personnages d'Alf et Binnie, les deux insupportables gamins dont Merope Ward a la charge, et qui sont tout simplement d'une rare drôlerie.

Reste que le souci du détail de cette reconstitution trouve son revers dans certaines longueurs ici et là au fil du récit. Cette sensation est d'autant plus prégnante que la fin de Black-out appelle inévitablement la lecture du deuxième volet de ce diptyque, tout aussi imposant.

CITRIQ

Black-out - Connie WILLIS (Blackout, 2010), traduction de Joëlle WINTREBERT, Bragelonne, 2012, 672 pages

Black-out - Connie WILLIS (Blackout, 2010), traduction de Joëlle WINTREBERT, Bragelonne, 2012, 672 pages

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