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Batavia, Etat de New York, 1966. Un homme est arrêté pour avoir écrit le mot « AMOUR » sur le macadam de la rue principale de la ville. Homme étrange, partiellement défiguré et sans papiers d'identité, il se joue des autorités de la ville, représentées par le chef de la police Fred Clumly. Très vite surnommé l'Homme-Soleil, il va même jusqu'à s'évader avec une facilité déconcertante lors d'une visite médicale, puis retourne à la prison pour libérer un jeune amérindien. Un policier ayant trouvé la mort pendant cette évasion, s'engage alors une traque à nulle autre pareille, proie et chasseur se confondant très vite...

L'Homme-Soleil prend alors la forme d'un duel entre le personnage éponyme et le chef de la police. Encore est-il que ce duel est bien plus philosophique que physique puisque se concrétisant par de longues conversations entre les deux hommes. L'Homme-Soleil se pose comme un tenant de l'existentialisme, considérant l'Homme par rapport à ses actions personnelles, par opposition à une quelconque doctrine morale. Fred Clumly est son exact opposé puisque garant de la loi dans une société profondément judéo-chrétienne. Chacun tente de convaincre l'autre à grand renfort d'arguments concrets issus du passé de la petite ville qu'est Batavia.

Car le débat d'idées entre les deux hommes a pour premier effet de réveiller bien des démons dans l'univers clos que constitue la ville. On comprend d'ailleurs très vite qui est précisément l'Homme-Soleil, et que sa position actuelle n'est pas sans lien avec sa parentèle, en l'occurrence la plus importante famille de notables de la ville. C'est ainsi que John GARDNER articule son intrigue autour d'une multitude de personnages, chacun étant à sa façon lié à l'Homme-Soleil et impacté par ses actes.

Telle est la façon que choisit l'auteur américain pour composer un roman dense, tant sur le fond que sur la forme. Il s'agit d'un thriller métaphysique tout en allégories qui se veut une peinture sociologique des Etats-Unis tout entiers dans les années 1960, un pays loin d'avoir été construit à partir des plus belles choses. Le tout n'est pas facile à lire, mais le lecteur pourra aisément être transporté par la beauté du texte, et parfois par son humour. Il pourrait aussi être subjugué par la richesse des propos qui y sont tenus et par le non-conformisme de son intrigue et de sa structure. L'Homme-Soleil est tout simplement un roman hors normes qui, à l'instar de Grendel et de La symphonie des spectres, préalablement réédités par Denoël, réhabilite définitivement son auteur comme un représentant majeur de la littérature américaine contemporaine.

CITRIQ

L'Homme-Soleil - John GARDNER (The Sunlight dialogues, 1972), traduction de Annie MOURTHÉ et Claude MOURTHÉ, illustration de William BLAKE et Clément CHASSAGNARD, Denoël collection Lunes d'Encre, 2014, 800 pages

L'Homme-Soleil - John GARDNER (The Sunlight dialogues, 1972), traduction de Annie MOURTHÉ et Claude MOURTHÉ, illustration de William BLAKE et Clément CHASSAGNARD, Denoël collection Lunes d'Encre, 2014, 800 pages

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